PAROLE D'EXPERT: Le point de vue de Gilles Martin (Partie 2)
AVIS D’EXPERT
Nous ouvrons le blog Manageor à Gilles Martin, blogger sur les thèmes du management, dans un soucis d'échanger et de partager avec des experts.
Le point de vue de Gilles Martin sera présenté en 4 parties (à suivre) sur le blog.
PARTIE 2.
Présentation de l’auteur
Gilles Martin, HEC, a été Partner chez KPMG Peat Marwick et de CSC. Il est Président de la société de conseil PMP (Performance Management Partner) qui est partenaire des entreprises dans le management de leur performance, dans un contexte d’exigences nouvelles nécessitant un nouveau Pacte entre actionnaires, dirigeants et collaborateurs, et de nouvelles approches du management opérationnel. Il anime par ailleurs le blog Zone Franche (gillesmartin.blogs.com).
5) C’est dans ce contexte que vous avez créé le blog « Zone Franche »
Mon parcours de consultant m’a fait sentir au cours des dernières années la montée de tensions fortes dans les entreprises que je rencontrais, aussi bien privées que publiques.
La principale tension est due à un conflit entre :
1. La pression des marchés financiers qui accroissent les contraintes de rentabilité, demandent des exploits en termes de création de valeur et de performance opérationnelle. La course à la performance est sans fin : benchmarking, re-engeneering, programmes d'amélioration des performances. La vision est de plus en plus à court terme : des structures transitoires sont créées (équipes Projet, responsables de programmes,managers de transition ...) et la course à la vitesse est engagée. Cette pression est aussi concomitante à la dématérialisation du capital et à la recherche de valorisation dans les bilans des éléments immatériels.
2. Et la conception de l'Entreprise comme un collectif humain, construit autour d'un projet commun, dont la nature ne se réduit pas à une somme de contrats et à une dimension seulement organique. Les managers sont déboussolés sur leur propre pratique; ils doutent des valeurs, des missions de l'entreprise, et se posent des questions sur leurs droits et devoirs. Les collaborateurs, existants ou potentiels, vivent parfois des situations difficiles de stress ou de souffrance; ils n'acceptent plus de "se faire avoir", veulent "de la reconnaissance", se méfient des discours officiels de l'Entreprise et de ses dirigeants. Des malaises nouveaux apparaissent à ce niveau : choc générationnel, difficultés de l'engagement, perte de la culture du résultat. L'Entreprise est alors dépeinte comme un lieu d'aliénation par excellence, ce qui entraîne la négation de tout management possible. Les managers sont des "traîtres" (souvent inconsciemment car ils sont eux-mêmes aliénés), et ils manipulent leurs subordonnés : ils créent une vision, demandent aux collaborateurs de s'impliquer à fond dans leur travail et les licencient ensuite sans états d'âme.
L'entreprise est ainsi envisagée comme un lieu de confrontation entre des revendications contradictoires, portées par des "parties prenantes" différentes, qui n'arrivent pas à s'entendre, ni à s'écouter.
J’ai ressenti toutes ces incompréhensions comme des facteurs de blocage forts de toutes initiatives pour améliorer la performance des entreprises.
La notion même de performance devient même suspecte parfois, provoquant des comportements de style « passif agressif » chez les collaborateurs, y compris à haut niveau : on feint d’accepter les projets et programmes de changement, mais on se comporte de façon à tout faire échouer.
Alors j’ai créé ce blog « Zone Franche » avec l’envie de prendre le problème autrement, car après tout il faut bien que les entreprises soient managées. Autrement, cela veut dire laisser à la porte tous les fantasmes et procès d’intention, et travailler sur une nouvelle façon de vivre ensemble dans l’entreprise et de la faire progresser comme un collectif humain.
« Zone Franche », c'est la recherche des critères de succès d'un nouveau Pacte pour l'Entreprise, qui dépasse la nature purement économique du contrat et retrouve une dimension politique (volonté d'action commune, et pas seulement régler, grâce aux bons processus et au benchmarking, les flux d'échanges entre les acteurs). C'est le sentiment d'urgence qu'il faut redéfinir ce qu'est le management dans un lieu, l'entreprise, qui n'est ni une prison psychique, ni une famille.
C'est rechercher les caractéristiques d'un changement qui s'inscrit dans un horizon long terme, et s'ancre durablement dans l'Entreprise pour subsister en tant que culture.