AVIS D’EXPERT
Nous ouvrons le blog Manageor à Gilles Martin, blogger sur les thèmes du management, dans un soucis d'échanger et de partager avec des experts.
Le point de vue de Gilles Martin sera présenté en 4 parties (à suivre) sur le blog.
Présentation de l’auteur
Gilles Martin, HEC, a été Partner chez KPMG Peat Marwick et de CSC. Il est Président de la société de conseil PMP (Performance Management Partner) qui est partenaire des entreprises dans le management de leur performance, dans un contexte d’exigences nouvelles nécessitant un nouveau Pacte entre actionnaires, dirigeants et collaborateurs, et de nouvelles approches du management opérationnel. Il anime par ailleurs le blog Zone Franche (gillesmartin.blogs.com).
PARTIE 4.
8) Quels sont ces réseaux, ou communautés ?
Cinq "communautés», contribuent à la création de valeur :
- Les actionnaires : ils comptent et vont compter de plus en plus. Les actionnaires ne seront pas éternellement les rois Dagobert de l'entreprise, mais vont se montrer de plus en plus interventionnistes et activistes. (voir ICI). La bonne relation avec les actionnaires passe par la définition et la communication d'une Vision ambitieuse économique et sociale à 5 ans au moins.
- Les équipes de Direction : Ce sont les principaux "stakeholders" ; ces équipes constituent le capital de leadership en réseau qui doit se déployer dans toute l'entreprise. Il a besoin de cohérence et d'alignement, sur des périodes courtes (6 mois) et à moyen terme. Ce sujet concerne les réflexions sur les systèmes de rémunérations, l'actionnariat salarial, les tableaux de bord de progrès et les objectifs partagés de performance. Mais il faut aussi repenser le rôle de ces systèmes de comités de Direction, se réunissant à date fixe pour bailler en réunion. N’y a-t-il pas de nouvelles pratiques à imaginer ?
- Les clients internes : C'est le capital humain collectif, la communauté de travail dans son ensemble. On adresse ici les questions relatives à la formation, à la mobilité, notamment inter métiers et inter filières, à l'acquisition et à la diffusion des nouveaux savoirs, savoir-faire, savoir être. La tendance est là, on ne reviendra plus en arrière : c’est la décentralisation maximum. Tous ceux qui croient encore tenir en contrôlant tout par le haut vont assister à leur écroulement. C’est Louis XVI se calfeutrant à Versailles pendant qu’on prend la Bastille.
- Les clients externes et les partenaires : C'est le capital de confiance de l'entreprise, qui constitue un actif immatériel majeur, si difficile à construire, si rapide à perdre. On parle ici de l'intimité client, et on la développe au travers du processus de création et d'innovation, ce concept dépassant une vision strictement Produit.
Les clients sont devenus hyper puissants, ils peuvent ruiner une entreprise en deux clics sur internet pour se plaindre, constituer des réseaux d’influence, faire savoir ce qu’on croyait pouvoir garder secret. La puissance de cette nouvelle donne est redoutable ; les entreprises qui n’en prennent pas conscience sont en danger.
Plus que jamais, on peut dire que c’est le client qui est le Boss, comme l’affirme Procter & Gamble dans sa communication Corporate.
Gérer un tel capital de confiance, c’est le principal challenge pour se développer.
- L'entreprise de Soi-même : C'est le capital humain individuel, auquel l'entreprise ne peut manquer de s'intéresser, car, si elle ne peut plus promettre l'emploi à vie, se doit de s'intéresser à l' "employabilité" de ses collaborateurs, et a une responsabilité grandissante dans la bonne gestion de ce paradoxe qui consiste à "réussir sa vie" (ambition individuelle) et "réussir l'ambition de l'entreprise" (Nous S.A). Le collaborateur veut comprendre dans quelle mesure il est reconnu dans l’entreprise, il veut être maître de son destin ; si l’entreprise ne s’en préoccupe pas, il se vengera.
C'est en apportant un regard nouveau, de la cohérence et du sens à ces cinq communautés que l'entreprise peut valablement s'engager dans une dynamique intégrée et durable de progrès.
Un nouveau Pacte ne sera possible que si il est signé par tous ceux dont on a besoin pour vraiment améliorer le management opérationnel de nos organisations, et donner de l'ambition. Il nous faut :
- une signature d'investisseurs (actionnaires),
- une signature de leadership (équipes de direction),
- une signature de l'innovation (communauté de travail),
- une signature de marque (les clients),
- une signature de ...talent (la personne).
A nous de mettre en place dans nos entreprises ce Pacte et de le décliner opérationnellement. Tous ceux qui essayent de mettre en place le moindre changement dans le management opérationnel sans connaître cette vision d’ensemble sont des terroristes, ou des marchands de placebos.