Ouvrage publié
par DUNOD

LES AUTEURS

Michel Barabel et Olivier Meier, docteurs en Sciences de Gestion, sont maîtres de conférences des Universités et enseignent la stratégie, le management et la gestion des ressources humaines au sein des Universités Paris 12 et Paris Dauphine. Ils sont les auteurs d'une trentaine d'articles et de six ouvrages de référence dans le domaine du management.

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31 octobre 2006

PAROLE D'EXPERT: Le point de vue de Gilles Martin (Partie 2)

AVIS D’EXPERT

Nous ouvrons le blog Manageor à Gilles Martin, blogger sur les thèmes du management, dans un soucis d'échanger et de partager avec des experts.

Le point de vue de Gilles Martin sera présenté en 4 parties (à suivre) sur le blog.

PARTIE 2.

Présentation de l’auteur

Gilles Martin, HEC, a été Partner chez KPMG Peat Marwick et de CSC. Il est Président de la société de conseil PMP (Performance Management Partner) qui est partenaire des entreprises dans le management de leur performance, dans un contexte d’exigences nouvelles nécessitant un nouveau Pacte entre actionnaires, dirigeants et collaborateurs, et de nouvelles approches du management opérationnel. Il anime par ailleurs le blog Zone Franche (gillesmartin.blogs.com).

5) C’est dans ce contexte que vous avez créé le blog « Zone Franche »

Mon parcours de consultant m’a fait sentir au cours des dernières années la montée de tensions fortes dans les entreprises que je rencontrais, aussi bien privées que publiques.

La principale tension est due à un conflit entre :

1. La pression des marchés financiers qui accroissent les contraintes de rentabilité, demandent des exploits en termes de création de valeur et de performance opérationnelle. La course à la performance est sans fin : benchmarking, re-engeneering, programmes d'amélioration des performances. La vision est de plus en plus à court terme : des structures transitoires sont créées (équipes Projet, responsables de programmes,managers de transition ...) et la course à la vitesse est engagée. Cette pression est aussi concomitante à la dématérialisation du capital et à la recherche de valorisation dans les bilans des éléments immatériels.

2. Et la conception de l'Entreprise comme un collectif humain, construit autour d'un projet commun, dont la nature ne se réduit pas à une somme de contrats et à une dimension seulement organique. Les managers sont déboussolés sur leur propre pratique; ils doutent des valeurs, des missions de l'entreprise, et se posent des questions sur leurs droits et devoirs. Les collaborateurs, existants ou potentiels, vivent parfois des situations difficiles de stress ou de souffrance; ils n'acceptent plus de "se faire avoir", veulent "de la reconnaissance", se méfient des discours officiels de l'Entreprise et de ses dirigeants. Des malaises nouveaux apparaissent à ce niveau : choc générationnel, difficultés de l'engagement, perte de la culture du résultat. L'Entreprise est alors dépeinte comme un lieu d'aliénation par excellence, ce qui entraîne la négation de tout management possible. Les managers sont des "traîtres" (souvent inconsciemment car ils sont eux-mêmes aliénés), et ils manipulent leurs subordonnés : ils créent une vision, demandent aux collaborateurs de s'impliquer à fond dans leur travail et les licencient ensuite sans états d'âme.

L'entreprise est ainsi envisagée comme un lieu de confrontation entre des revendications contradictoires, portées par des "parties prenantes" différentes, qui n'arrivent pas à s'entendre, ni à s'écouter.

J’ai ressenti toutes ces incompréhensions comme des facteurs de blocage forts de toutes initiatives pour améliorer la performance des entreprises.

La notion même de performance devient même suspecte parfois, provoquant des comportements de style « passif agressif » chez les collaborateurs, y compris à haut niveau : on feint d’accepter les projets et programmes de changement, mais on se comporte de façon à tout faire échouer.

Alors j’ai créé ce blog « Zone Franche » avec l’envie de prendre le problème autrement, car après tout il faut bien que les entreprises soient managées. Autrement, cela veut dire laisser à la porte tous les fantasmes et procès d’intention, et travailler sur une nouvelle façon de vivre ensemble dans l’entreprise et de la faire progresser comme un collectif humain.

« Zone Franche », c'est la recherche des critères de succès d'un nouveau Pacte pour l'Entreprise, qui dépasse la nature purement économique du contrat et retrouve une dimension politique (volonté d'action commune, et pas seulement régler, grâce aux bons processus et au benchmarking, les flux d'échanges entre les acteurs). C'est le sentiment d'urgence qu'il faut redéfinir ce qu'est le management dans un lieu, l'entreprise, qui n'est ni une prison psychique, ni une famille.


C'est rechercher les caractéristiques d'un changement qui s'inscrit dans un horizon long terme, et s'ancre durablement dans l'Entreprise pour subsister en tant que culture.

28 octobre 2006

PAROLE D'EXPERT LE POINT DE VUE DE GILLES MARTIN (PARTIE 1)

Nous ouvrons le blog Manageor à Gilles Martin, blogger sur les thèmes du management, dans un soucis d'échanger et de partager avec des experts.

Le point de vue de Gilles Martin sera présenté en 4 parties (à suivre) sur le blog.

PARTIE 1.

Présentation de l’auteur

Gilles Martin, HEC, a été Partner chez KPMG Peat Marwick et de CSC. Il est Président de la société de conseil PMP (Performance Management Partner) qui est partenaire des entreprises dans le management de leur performance, dans un contexte d’exigences nouvelles nécessitant un nouveau Pacte entre actionnaires, dirigeants et collaborateurs, et de nouvelles approches du management opérationnel. Il anime par ailleurs le blog Zone Franche (gillesmartin.blogs.com).

1) Quelles sont pour vous les qualités d'un bon manager ?

Je me méfie de ce terme de « manager » qui exprime souvent cette vision de l’entreprise que les hommes ont besoin d’être managés par des chefs qui les surveillent et leur dictent les tâches à exécuter. Les théoriciens et praticiens de ce concept surestiment le rôle du contrôle dans le management. Cette société du contrôle, elle est en train de disparaître.

Je conçois au contraire l’entreprise comme un lieu qui encourage la liberté, la responsabilité, le leadership, « l’empowerment », tout ce que ne dit pas ce terme de manager.

Donc j’ai tendance à dire que les qualités d’un bon manager, c’est de ne pas être ce manager déresponsabilisant, mais au contraire cette personne qui encourage, fait grandir, valorise ses collaborateurs, leur permet de sortir le meilleur d’eux-mêmes,qui se rend en fait inutile.

C’est dur de se dire que nos collaborateurs ensemble sont meilleurs que nous, mais c’est souvent le cas en fait. Les « managers » ont peur que ça se voit, alors ils enchaînent les autres pour se protéger. Cette protection est illusoire.

2) Ces qualités sont-elles les mêmes suivant le contexte, le secteur, l'âge, etc. ?

Ces caractéristiques sont une philosophie de vie basée sur la responsabilisation. Elles s’appliquent partout.

3) Avez-vous constaté des styles de management différents ?

Sont-ils tous aussi efficaces ?

Oui, je constate souvent que dès qu’un manager se prend pour un manager , qu’il se sent obligé d’intervenir, de dire ce qu’il faut faire, de contrôler , il fait du mal.

Et ceci quel que soit son style. Certains sont plus autoritaires, d’autre plus pervers, d’autres plus mielleux, mais tous sont aussi inefficaces les uns que les autres.

4 Peut-on apprendre à manager ?

Surtout n’apprenons pas ces pratiques toxiques. Je suis effaré de voir le contenu des multiples programmes de formation qui se veulent des « écoles de chefs » et qui fabriquent des tyrans malhabiles. Toutes ces recettes imbéciles destinées à rendre vos collaborateurs dociles, quelle horreur. En plus elles sont généralement inefficaces, car les collaborateurs ne sont pas ces doux débiles que l’on peut manipuler sans état d’âme.

Apprenons plutôt à construire des lieux de travail basés sur la liberté, la confiance, la responsabilité. Est-ce que cela s’apprend ? J’espère que oui, mais cela peut prendre beaucoup de temps, et certains n’y parviennent jamais. C’est un travail collectif, et non une formation individuelle.

24 octobre 2006

COLLABORATION AVEC LE SITE DE COMMUNICATION INTERNE DU GROUPE SAFRAN : MANAGORA

Depuis début 2006, Le groupe Safran (issu de la fusion entre Snecma et Sagem) a lancé un site interne "Managora" pour fédérer ses 7000 managers. Il s'agit d'informer les managers du groupe sur des points d'actualité, de servir de support aux managers sur des questions clés, de donner accès à un espace de lecture sur des thématiques du management. A ce titre, nous avons réalisé pour managora un article sur le management par les valeurs (définition, avantages, inconvients, pratiques...) et plus généralement sur le concept de culture d'entreprise.

23 octobre 2006

NOUVELLE EDITION

Le CREPA vient de sortir, sous la direction de Michel Kalika et Pierre Romelaer, un ouvrage chez Economica, intitulé Recherches en Management et Organisation qui présente les résultats de recherches conduites au sein de ce laboratoire de recherche de l'Université Paris Dauphine. Nous cosignons dans ce livre le chapitre 30 : "Le métier de PDG dans les grandes entreprises : une approche par l'analyse du travail quotidien". Le principal intérêt de cet ouvrage est de présenter des résultats de recherche appliqués sur des thèmes extrêmement variés (la gestion du risque stratégique, la décentralisation de la réflexion stratégique, la coopération dans les entreprise, la gestion des réseaux, la corruption, l'apprentissage post-crise, l'apprentissage organisationnel, la gestion des actifs spécifiques humains, la gestion des hommes clés...).

LA PRESSE EN PARLE

Anne Françoise Rabaud a interrogé Olivier Meier pour la revue Action Commerciale (N°267 - 01/10/2006)

Entretien. Manageor est un ouvrage dédié aux managers qui ont parfois du mal à retrouver leur place dans une organisation bousculée. Olivier Meier, l'un des auteurs, explique sa démarche.

A QUEL PROFIL DE MANAGERS S'ADRESSE MANAGEOR ?

Olivier Meier – Cet ouvrage a été conçu en pensant aux middle managers et aux cadres dirigeants de 35 à 45 ans qui ont beaucoup de pression. Il s'adresse à ces cadres qui, parce que les organisations ont éclaté, ont perdu de leur légitimité naturelle et à qui l'on demande de s'adapter sans cesse en faisant de la gestion de projet, de la gestion matricielle…

QUEL ÉTAIT VOTRE OBJECTIF EN VOUS ATTAQUANT À CET OUVRAGE ?

Nous avons voulu faire un livre de référence qui traite de l'ensemble des missions et des problématiques du manager d'aujourd'hui. C'est pourquoi nous avons travaillé avec un cabinet spécialisé dans l'accompagnement managérial , Emma, et avons reçu le soutien des dirigeants et managers d'EADS. Grâce à ces partenariats et à une trentaine d'experts , Manageor est très ancré dans la réalité.

COMMENT TRAITEZ-VOUS LE MANAGEMENT ET QUELS CONSEILS DONNEZ-VOUS AUX CADRES ?

Nous avons voulu être le plus concret possible. Nous traitons, par exemple, de l'importance de s'ouvrir à l'international. Les managers français sont souvent ouverts sur un plan philosophique mais plus rarement sur un plan économique… Nous expliquons aussi pourquoi ils doivent renouer avec les disciplines économiques et stratégiques. Le manager est de plus en plus souvent amené à devoir s'exprimer sur la stratégie de l'entreprise, les fluctuations de l'action en bourse… il doit pouvoir répondre à ces questions. Et puis nous évoquons son quotidien, la gestion du temps, la gestion des conflits, etc. Nous ne parlons jamais de “théories du management” mais bien des managers et de leur quotidien.

19 octobre 2006

Article sur le manager de proximité

Le magazine Liaisons Sociales, dans son édition du mois d'Octobre, consacre un article au management de proximité "entre marteau et enclume" (pages 56-58).

Eric Béal, journaliste, précise que 2,8 millions de salariés exercent une fonction d'encadrement selon l'APEC. Les managers de proximités se retrouvent souvent "coincés entre les exigences de résultat et les contraintes de son équipe". Du coup, 70% d'entre-eux (étude Guillaume Tell, 2004) estiment manquer de temps pour s'occuper correctement de leurs collaborateurs et assumer leurs rôles RH d'autant plus que la direction leur en donne rarement les moyens et ne les rémunère pas pour çà.

Cet article illustre une fois de plus les difficultés de concilier contraintes économiques et management d'équipe et les conséquences sur la "santé mentale" des managers.

18 octobre 2006

Animation réunion ANDCP

Dans le cadre de la réunion d'un groupe de DRH de l'ANDCP, nous intervenons sur le thème de la relation entre Managers et Fonction Ressources Humaines. Fonction partagée ? relations conflictuelles ? Avantages, difficultés, répartition des rôles. Tous ces points seront abordés avec des retours d'expériences de DRH. Le compte-rendu de cette réunion sera publié sur le blog la semaine prochaine.

17 octobre 2006

La méthode des 3 S

En réponse au Point de Vue d'André Perret, Gilles Martin, rédacteur en chef du blog Zone France (http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/) nous autorise à reproduire un extrait de son blog qui précise la méthode des 3 S de M. Jean-Paul Bailly (PDG de La Poste). Il interviendra prochainement dans notre blog pour un Point de Vue d'Expert

Y a-t- il un secret pour faire bouger une entreprise publique ?

Fonctionnaire

Quand on parle du Service Public, c'est l'occasion,surtout pour ceux qui n'y connaissent rien, d'échanger de bonnes blagues; ça parle de fainéants, de grèves, de résistance au changement. Coluche déjà avait donné le ton dans un sketch célèbre, caricaturant les chassés croisés entre « ceux qui arrivent plus tard qui croisent ceux qui repartent en avance », et c’était avant les trente cinq heures.

Alors, évidemment, être patron depuis toujours, d'entreprises publiques, et venir affronter l'assemblée des anciens HEC, ça relève du courage. Jean-paul Bailly, président de La Poste, et ancien président de la RATP, n'en manquait pas, et c'est avec un large sourire qu'il s'est adressé à nous le 10 octobre aux "matins HEC". Il a été accueilli par une assemblée attentive, toute respectueuse de ses états de service. 

Le métier de consultant donne  parfois la chance de rencontrer et de travailler avec des personnes remarquables, dont on respecte la confiance, et dont on garde le souvenir pendant longtemps. Jean-Paul Bailly fait partie pour moi de cette galerie de rencontres mémorables de mon expérience professionnelle. J’étais heureux de l’écouter ce matin.

A cette occasion, il nous a fait part de son secret pour faire bouger une entreprise publique, à partir de son expérience à la RATP et à La Poste.Il est profondément convaincu que l’exigence de performance est essentielle, et un devoir quand on dirige une entreprise publique. Cette exigence n’a pas de couleur politique, il a d’ailleurs été nommé à ses postes tant par des gouvernements de droite que de gauche.

Il est opposé à ces systèmes de Direction à deux têtes, avec un Président d’un bord, et un Directeur Général de l’autre bord, qu’il a eu à connaître parfois, et dont il a constaté, dit il « les ravages ». Pourvu qu'il soit entendu, car plusieurs entreprises publiques en sont encore là aujourd'hui.Et puis il nous a donné en 5 points les ingrédients de sa méthode de gestion du changement. Elle a peu changée entre la RATP et La Poste., sauf qu'il a fallu aller plus vite à La Poste.

Alors, cette méthode ?

  1. Donner une Vision, un projet et des valeurs : tout ça, la Poste en était dénuée lorsqu'il est arrivé, nous dit il.Il nous encourage à bien peser en amont ces ingrédients de la réussite, plutôt que de succomber à la frénésie de l’action, des projets en désordre, dont on ne connaît pas le but qu’ils servent. Tout le temps passé sur l’amont est clé pour réussir. Cette vision, il faut la communiquer, l’expliquer, et on sent combien il aime personnellement le faire ; il a rencontré, au cours de conventions et réunions diverses, plus de 10 000 personnes par an pour cet exercice - rappelons que La Poste, c'est 280 000 personnes en France.
  2. Mettre en place un management décentralisé par métier : La décentralisation, la délégation, les business units, c’est la marque de fabrique de Jean-Paul Bailly. Ce fonctionnement fait le pari que la responsabilité est plus efficace que la soumission. La Poste est aujourd'hui clairement organisée par métiers, et les niveaux hiérarchiques ont été ramenés à trois (national, territorial, établissement). Je me rappelle encore y avoir connu jusqu’à 7 ou 8 niveaux il y a quelques années, sans que cela choque personne ; j’entendais toujours : "La Poste, c'est compliqué, vous ne pouvez pas tout simplifier" ; aujourd’hui le bon sens a montré que, si, la simplification, c’est simple.
  3. Mettre en place un style de management « 3 S » - Sens, Soutien, Suivi : "A La Poste, un bon manager est celui qui fait progresser ses collaborateurs".C’est simple là aussi, mais on a plaisir à l’entendre. On connaît tellement de gens qui pratiquent l’inverse.
  4. Organiser le dialogue dans l’entreprise : Pas seulement avec les syndicats, mais en créant toutes les occasions de rencontres, d’échanges. Cette passion pour le dialogue, c'est là encore une caractéristique forte, qu'il a rôdée à la RATP, et qu'il poursuit aujourd'hui.
  5. Avoir des alliés : Il parle ici des élus locaux, qui ont traditionnellement été pris de haut par La Poste, à qui on expliquait les projets, mais sans écouter les propositions ou objections. Aujourd’hui, il sent que le dialogue, la concertation, avec les élus locaux permet de faire des changements et transformations qu’il n’aurait pas imaginé, dans la gestion des implantations de bureaux de poste notamment.

Oui, tout ça a l’air bien simple. Ça fait un peu auto-promotion, bien sûr. Et certains n’ont pas manqué de lui rappeler d’autres réalités : les lettres en retard, les files d’attente au guichet, … Eh, Ho, Président, ça ne marche pas si bien que ça La Poste !

Sans perdre son calme, Jean-Paul Bailly nous a répondu point par point, avec précision : des progrès ont été fait (les retard, ça va mieux, 80% des lettres arrivent en 48 heures), mais, c’est sûr, il y a encore plein à faire, il ne s’en cache pas. Ainsi, pour les files d’attente, ne faudrait il pas revoir les processus administratifs en guichet, qui incluent de multiples manipulations de papiers et de feuilles carbonées, et qui rendent très lent le service ? On se demande pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt.

Mais, bon, on sent que c’est bien parti. Et on lui souhaite bonne chance.

Pour une fois, c’est le Service Public qui nous donnait des leçons, et c’était réjouissant. De nombreux dirigeants du secteur privé pourraient s’en inspirer, non ?

09 octobre 2006

LE POINT DE VUE D'ANDRE PERRET (PARTIE 2)

POINT DE VUE D'EXPERT

André Perret répond à nos questions dans la rubrique « Point de Vue d’Experts » dont l’objet est de présenter les analyses de managers opérationnels, de consultants et de chercheurs en Sciences de Gestion sur le management. André Perret est l’auteur dans notre ouvrage d’un encadré sur le bilan de carrière (chapitre 10).

L'Auteur

André Perret est Directeur Associé de Conseils & Projets (www.conseil-et-projets.com). Après une carrière dans la fonction RH d’un grand groupe industriel, puis de manager opérationnel dans ce même groupe, il prend la responsabilité de cabinets de recrutement dès 1987. Spécialiste de l’analyse de climat social, il ouvre aussi son champ d’action en reprenant le cabinet Conseils & Projets dont la vocation est la formation au Management.

PARTIE 2.

3) Vous avez donc constaté des styles de management différents ? Sont-ils tous aussi efficaces ?

On a coutume de dire qu’il existe 4 grands styles : le directif, le persuasif, le participatif et le délégatif. Aujourd’hui, il faudrait peut-être ajouter le style « coach ». Sur ce dernier point j’aurais tendance à avoir une certaine réserve. Les managers sont là aussi pour assumer. Même si les délégations de responsabilité ont bien souvent dédouané de façon fictive l’entreprise en qualité de personne morale, mais aussi souvent le top-management pour des raisons moins avouables, l’encadrant assume ses choix, il est « payé » pour ça !

Le style « coach » peut avoir de l’intérêt comme une situation de transition (permettre aux jeunes qui peuvent être rebelles à la hiérarchie d’avoir une vision plus individualisée, mais aussi plus impliquée de ses N+1) voire dans le cas de groupe « projets ».

Le style directif ne se justifie que dans quelques cas dont j’ai déjà parlé. Cet héritage du taylorisme ne peut pas s’installer dans la durée, car il n’est pas un lieu d’évolution dans l’autonomie des managés.

Le style persuasif peut être utilisé lors de mutations, de réorganisation. Mais il est aussi un lieu de passage.

Le participatif est souvent utilisé et pour certaines entreprises un style de référence. Le manager – même s’il y a participation – reste le seul maître à bord.

Le style recherché devrait être le délégatif, encore faut-il que les salariés possèdent la maturité, les objectifs et les moyens nécessaires. D’autre part, déléguer ne signifie pas ne plus être responsable…enfin, admettre le droit à l’erreur est une des conditions de réussite de ce style de management et pas toujours le plus simple à admettre.

4) Peut-on apprendre à manager ?

Clairement, la réponse est oui… à condition d’avoir les pré-requis suffisants (reprendre les qualités dont nous parlions au début). Bien que dans la réalité les choses soient moins simples que cela, on peut imaginer que deux grandes filières d’évolution professionnelle existent : l’expertise et le management. On peut être un excellent expert et être nul en management. Les sociétés ont tiré assez tôt cette conclusion en face des dégâts constatés dans les nominations aux postes de managers pour les meilleurs techniciens ! En revanche, le manager doit apprendre à animer des équipes qui souvent en savent plus que lui dans certains domaines.

Pour les techniciens ou experts qui ont réellement envie de manager, il faut qu’ils soient conscients qu’ils vont au fil du temps perdre en technicité. J’ai parlé d’envie, c’est certainement un point capital à la réussite de l’apprentissage du management.

04 octobre 2006

LE POINT DE VUE D'ANDRE PERRET (Première Partie)

POINT DE VUE D'EXPERT

André Perret répond à nos questions dans la rubrique « Point de Vue d’Experts » dont l’objet est de présenter les analyses de managers opérationnels, de consultants et de chercheurs en Sciences de Gestion sur le management. André Perret est l’auteur dans notre ouvrage d’un encadré sur le bilan de carrière (chapitre 10).

L'Auteur

André Perret est Directeur Associé de Conseils & Projets (www.conseil-et-projets.com). Après une carrière dans la fonction RH d’un grand groupe industriel, puis de manager opérationnel dans ce même groupe, il prend la responsabilité de cabinets de recrutement dès 1987. Spécialiste de l’analyse de climat social, il ouvre aussi son champ d’action en reprenant le cabinet Conseils & Projets dont la vocation est la formation au Management.

PARTIE 1.

1) Quelles sont pour vous les qualités d'un bon manager ?

Il me semble qu’il existe effectivement des « qualités » intrinsèques qui permettent de supposer qu’on est en face d’un « bon » manager… Sans les hiérarchiser entre elles, car elles sont toutes indispensables, je dirais :

- l’exemplarité : s’appliquer à soi même les mêmes efforts et contraintes morales, les mêmes règles de conduite que l’on exige des autres.

- L’équité : à ne pas confondre avec l’égalité. - La congruence : ne pas laisser d’espace entre ses propos et ses actes

- L’assertivité : être capable de dire les choses, même difficiles à entendre, mais sans nuire à la relation

- Et enfin l’empathie , savoir se mettre à la place de l’autre pour savoir ce qu’il ressent, ce qui ne veut pas dire tout accepter…mais au moins chercher à comprendre.

Il y aurait également bien des choses à dire sur la capacité à arbitrer et à assumer ses actes sans chercher à se défausser sur les autres, mais là, on rejoint les éléments constitutifs de la fonction managériale. L’ancien Patron de la RATP, Jean-Paul Bailly maintenant Président de La Poste avait résumé les 3 phases essentielles à suivre pour être un bon manager, en appliquant la théorie des 3S :

- donner du SENS…(en toutes circonstances, y compris lorsqu’on n’adhère pas)

- SUIVRE…(se doter des outils nécessaires pour)

- SOUTENIR (en cas d’échec, ON a perdu, en cas de victoire TU as gagné) Dernier point, ces « qualités » s’accompagnent quand même le plus souvent de la nécessité d’un certain charisme. Mais je ne suis pas certain que cet élément, qui est d’ailleurs plutôt un trait de personnalité, soit toujours nécessaire si les qualités exposées ci-dessus sont présentes.

2) Ces qualités sont-elles les mêmes suivant le contexte, le secteur, l'âge, etc. ?

Il ne faut pas confondre les qualités et le style de management. Je crois que les « qualités » doivent être universelles. En revanche, le style va varier en fonction des acteurs, de leur maturité, des circonstances, de la culture du secteur. On peut, sans faire de fautes de style, être directif en cas d’urgence, en cas de conséquences sur la sécurité, avec un débutant…sans remettre en cause les qualités dont nous venons de parler. Et puis, si le manager est cohérent avec lui même, s’il ne cherche pas à jouer un rôle de composition, l’adaptabilité liée à son âge, à son secteur ou autre, devient naturelle. Même dans des cultures socio-géographiques différentes les règles de bases s’appliquent…seul le style peut être différent.

LE POINT DE VUE DE GAEL LE BOULCH (CREPA/ISTEC) PARTIE 3

Présentation de l’auteur

Gaël LE BOULCH mène une « double vie » : tant chercheur universitaire au sein du Laboratoire du CREPA à Paris Dauphine que manager terrain à plein temps au sein de grands Groupes. Il est Docteur en Sciences de Gestion de l’Université Paris Dauphine et est l’auteurs ou coauteurs de plusieurs articles dans le domaine du management. Cette note présentation la troisième partie de son entretien pour le blog manageor.

6°) Constatez-vous des différences dans les styles de management suivant les âges, les nationalités et les sexes ?

En effet, il est possible de constater de réelles différences, voire d’identifier des stéréotypes très marqués suivant l’âge, la nationalité ou le sexe du manager… et de son équipe ! N’oublions pas que dans le management tout est affaire de relation entre le manager et l’équipe. Nous avons pu étudier ces différences de manière approfondie, Michel Barabel, Olivier Meier et moi-même, lors de nos travaux de recherches sur le Groupe EADS, terrain privilégié par excellence pour ce type de problématique. Vous pouvez d’ailleurs retrouver nos principaux résultats dans l’ouvrage d’Olivier Meier sur le Management Interculturel (chez Dunod, Mars 2006, seconde édition). Mais avant de développer plus avant ces stéréotypes tout en soulignant les limites de cette démarche, je souhaiterais ouvrir une parenthèse sur un autre critère qui marque une réelle différence en matière de style de management mais qui est le plus souvent passé sous silence : les niveaux hiérarchiques.

Un PDG ne peut être cool et sympa. C’est absurde. Il peut être avenant, à l’écoute mais il ne peut être proche de ses salariés comme un manager terrain doit l’être avec ses équipiers. D’autant que dans son travail de PDG, son travail d’équipe se fait non seulement avec le personnel à l’intérieur de l’entreprise mais aussi et surtout avec ce qu’en Stratégie nous appelons les « parties prenantes », les fameux « stakeholders » anglo-saxons. Il doit fédérer les volontés et les intérêts de ses salariés mais aussi de ses clients, fournisseurs, partenaires, banquiers, actionnaires… La tâche est donc très lourde au point qu’une image « cool et sympa » pourrait passer pour un signe d’incompétence.

A ce niveau hiérarchique, il est important de comprendre que le style de management n’incombe plus à l’homme mais à la fonction. Or, vient un certain niveau hiérarchique où la fonction compte plus que l’homme en matière d’affichage. Ceci explique le caractère un peu stéréotypé des PDG qui souvent se ressemblent tous, voire même dans leur comportement et leur physique. C’est la difficulté de leur fonction : en dépit de leurs fortes personnalités, ils doivent s’effacer pour incarner une fonction. Cette qualité peut être antinomique avec celles d’un « bon manager ». C’est pourquoi on voit rarement des managers terrain passer directement PDG de leur société dans des grands groupes.

Je ferme ici cette parenthèse et reviens à votre question. En ce qui concerne l’âge tout d’abord, il est évident que la maturité confère des qualités d’écoute et de compréhension des comportements individuels et collectifs plus répandues chez un senior que chez un junior (mais pas forcément inexistantes). Ainsi, un senior est souvent plus patient, plus calme et surtout plus expérimenté qu’un junior qui veut faire ses preuves. Mais cela reste un stéréotype. Et comme pour les autres critères, tout est fonction de l’individu (et du rapport au groupe). Il n’est pas possible d’établir de loi ou de règle universelle, chaque cas est particulier mais des lieux communs existent, nous les soulignons ici tout en restant prudents sur les jugements hâtifs, il faut savoir rester dans la nuance.

En ce qui concerne les nationalités, les stéréotypes sont fréquents et beaucoup plus marqués que pour l’âge. Ainsi, nous avons souvent retrouvé lors de nos entretiens chez EADS au travers d’équipes multiculturelles chez Airbus que les Allemands étaient très organisés et ordonnés mais parfois un peu trop rigides, que les Anglais étaient très tournés « business » mais pouvaient se montrer assez changeants, que les Espagnols rassemblaient les suffrages autour de leur ambiance de travail conviviale et positive. Quant aux Français, notre côté créatif était mis en avant mais nos jeux politiques incessants étaient fortement décriés. Sortis de ces stéréotypes autour des styles de management, nos interlocuteurs ont tous éprouvé le besoin de nous signifier spontanément qu’il était avant tout question d’individus et que, bien sûr, des Français rigides, des Allemands créatifs et des Anglais altruistes, cela existe…

En ce qui concerne le sexe, les stéréotypes sont encore plus forts mais beaucoup plus tabous que pour les nationalités. Il s’agit d’un sujet difficile à aborder car très sensible en raison d’intérêts politiques évidents et d’une objectivité scientifique souvent remise en cause. En effet, chaque chercheur « a un sexe », ce qui peut ainsi influencer ses conclusions. Autant, il est couramment admis que le chercheur sait faire abstraction de son âge ou de sa nationalité, autant face aux études sur les genres, son objectivité scientifique est très vite remise en cause. Mais tant pis, je vais quand même me lancer dans cette périlleuse entreprise. En ce qui concerne le management, l’égalité des sexes n’existe pas. Les femmes et les hommes ont des styles de management très différents. La raison en est simple : leur positionnement social est différent. Or, le management étant affaire de rapport social entre un groupe et son manager, nous ne pouvons que constater des différences. En matière de management, l’homme bénéficie d’un effet d’expérience important et d’un « positionnement naturel » dans la fonction. Il est normal qu’un homme anime et dirige une équipe. Pour une femme, cet effet d’expérience n’existe pas. Quant au caractère naturel de la fonction, il est loin de faire l’unanimité. Nous pouvons dire qu’en raison de l’évolution des mœurs, nous en sommes aux balbutiements du management féminin. Ceci ne signifie pas que les femmes n’ont jamais dirigé d’équipes. Nombreux sont les exemples dans l’Histoire qui montrent qu’elles savent assumer cette tâche avec succès. Mais lorsqu’elles réussissent, on considère souvent qu’elles ont des qualités d’hommes ou qu’elles sont des exceptions. En raison de cette vision politique, il n’est jamais anodin pour un homme d’être managé par une femme, ni par une femme d’être managé par un homme. Mais la seconde hypothèse semble beaucoup plus facilement acceptée socialement que la première. Tout simplement peut être car elle reste encore la plus répandue. En ce qui concerne, le management féminin, si nous devions l’opposer à celui de l’homme, il semble beaucoup plus extrême dans ses prises de décision. Le management des conflits y est difficile car le recul sur la fonction semble plus difficile pour une femme que pour un homme (tout comme pour un junior). L’image du chef reste profondément machiste, même chez les femmes, et il semble difficile pour un manager féminin de s’appuyer dessus pour bénéficier de ses effets positifs. La personnification du chef dans sa solidité, sa protection, sa bienveillance, sa pertinence reste profondément imprégnée de valeurs masculines. Du fait de cette pression, les femmes managers semblent plus dures et il leur ait plus difficile d’admettre leurs erreurs. Il reste qu’aujourd’hui, en raison de cette pression sociale, il est largement plus difficile d’être manager pour une femme que pour un homme. Le pire des cas est que le manager soit une femme, jeune, et de nationalité différente du reste de son équipe. Le dirigeant qui décide de nommer une femme en qualité de manager ne peut ignorer cette différence. Car nommer une femme manager reste un acte politique important, quelle que soit sa compétence. Ce poids politique supplémentaire, en la nommant, le dirigeant le fait peser non seulement sur le manager féminin mais aussi sur l’ensemble de son équipe. Ceci explique peut-être que beaucoup de dirigeants hésitent encore à passer le pas. Ceci entraîne une vision négative du management féminin, au bénéfice des hommes. Ce qui entretient le cercle vicieux. En matière d’études sur les genres dans le management tout reste donc à faire, tout reste à apprendre. Pour les chercheurs, mais aussi pour les entreprises, les administrations et les dirigeants.

Nous pourrions aller plus loin dans notre analyse des différences dans les styles de management en prenant également en compte le critère de la religion. Mais là, le sujet est encore plus tabou que pour les genres et les travaux restent anecdotiques. Pourtant, il est évident que les croyances jouent un rôle important dans les rapports sociaux. Mais les croyances ne font pas bon ménage avec les recherches en gestion, même si elles sont à l’origine de pas mal de « business ».

7°) Quels sont les principaux défauts que vous avez identifiés chez les managers ?

Rarement le complexe de supériorité, souvent le manque de recul et un problème de gestion du temps récurrent par manque d’anticipation. Mais deux défauts sont particulièrement à proscrire : la trop grande distance avec les collaborateurs (erreurs graves : ne pas dire bonjour le matin à ses équipiers de manière individuelle, être de mauvaise humeur, se montrer agressif, déprimé ou fatigué, se tromper dans les prénoms, ne pas être juste, se montrer impuissant dans sa fonction) et le second défaut, encore plus grave car il aboutit souvent à du harcèlement moral : la confusion des genres. Respecter le travail et les tâches confiées à chacun, rester dans son rôle, ne pas saper l’autorité et l’expertise de ses subordonnés. En ce qui concerne leur travail individuel, la solution doit toujours venir d’eux. Le manager doit les aider à la trouver mais il doit les laisser faire (d’autant que souvent il peut être surpris du résultat) et ne doit pas hésiter en cas de doute du collaborateur à lui faire remarquer qu’il y est arrivé tout seul. Un manager doit savoir rester à sa place. Si il se comporte différemment et « prend lui-même les choses en main », cela signifie pour ses collaborateurs que soit il les juge comme incompétents, soit qu’il n’a pas confiance en eux, soit les deux. Dans tous les cas, c’est la négation affirmée du travail d’équipe par le manager lui-même. Cela signifie qu’il n’a plus sa place dans l’équipe. Plus rien de positif et de constructif n’est alors possible. Ce cap franchi, tout retour en arrière est impossible. C’est hélas une faute extrêmement répandue.

01 octobre 2006

Revue Française de Gestion (août-septembre 2006)

La Revue Française de Gestion consacre son dossier au thème : "Un management européen existe-t-il ?

Coordonné par Jacques Orsoni (professeur à l'Université de Corse) et Roland Pérez (professeur à l'Université de Montpellier 1), ce dossier part du constat, que malgré l'égémonie du modèle de management anglo-saxon, la méditerranée "constitue, pour nombre de nos contemporains, un point d'ancrage" caractérisé en gestion par certains types d'organisation (les districts industriels où les relations entre les acteurs sont encastrés), une GRH plus "affective et moins dépersonnalisée".

En particulier, Aline Scouarnec et François Silva propose un cadre d'analyse des pratiques de management des ressources humaines en Euroméditérranée.

Ce dossier rejoint notre philosophie en affirmant qu'il n'existe pas par sujet managérial une seule "best practice" qui s'impose à tous (nécessité de s'y conformer) mais bien un management contingent qui selon les spécificités de l'entreprise (secteur, taille, nationalité, marchés, situation économique), des équipes (culture, personnalités, histoire...) et de l'environnement (intensité concurrentiel, degré de stabilité, de complexité et de bienveillance...) doit être trouvé et construit.